PROPOS
Céramiste depuis près d’une dizaine d’années, je me questionne sur ma responsabilité à rajouter des objets dans un monde saturé. Comment donner sens au delà du beau, quelle voie emprunter pour rentrer dans la vie d’autrui. Mon travail plastique est essentiellement composé de sculptures de grès et de porcelaine, tantôt en mono-cuisson pour garder l’essence de la terre, tantôt émaillé et lustré. J’aime travailler avec des argiles locales pour modeler des objets dans lesquels apposer/ déposer de l’affect. La majeure partie de mes pièces sont funéraires ou cinéraires. Des urnes, des couronnes, des reliquaires, des objets mémoriels, des boîtes pouvant devenir le lieu du Memento Mori. Au delà des sculptures, je veux offrir la possibilité à l’Autre d’en faire des espaces de pensées, des objets de souvenir ou d’évocation.
A travers la sculpture, je mets en lumière ce qui a rarement lieu de l’être. Les symboles que l’on retrouve dans mon travail ont en commun plusieurs thèmes : le lien entre vie et mort, la mortalité et l’immortalité, le rituel, l’ascensionnel, la transformation, le spirituel, les traditions.
Observer le monde à travers un prisme légèrement décalé des conventions et de l’ordre établi, visiter les rites funéraires, les cérémonies et les traditions, regarder le conventionnel pour en collecter et trier ses codes, resserrer la vision sur un menu détail et le réinterpréter, écrire des récits sans texte. Réenchanter.
Le rituel funéraire contemporain dit beaucoup de l’endroit où l’on se trouve dans le monde, clive notamment « l’occident de l’orient », « le nord du sud ». Le capitalisme a eu une forte incidence sur les rituels funéraires, a imposé une temporalité qui ne respecte que les lois de l’argent et de la rentabilité. Les traditions conservées et honorées par certaines cultures peinent à subsister face à la toute puissance d’une machinerie funéraire globale. La mort est une industrie, un produit très rentable, et rare sont ceux qui savent qu’il est possible de décider de faire bien d’autres choses que la narration offerte par les pompes funèbres classiques.
BIO
Née à Blois le 8 novembre 1984, vit et travaille à Bruxelles
DNSEP option art à l’ESBA TALM, Le Mans (FR), 2008
Nottingham Trent University - fine art option, Nottingham (UK), 2007
Diplômée d’un master en 2008 à l’École Supérieure des Beaux Arts TALM Le Mans, je développe depuis 15ans mes projets artistiques à Bruxelles en parallèle de différents engagements collectifs. Mon atelier est installé au sein de la collective Au Charbon, ASBL qui a pour but de promouvoir les Arts, dans une volonté d’adelphité et d'une mise en avant d’artistes-artisanes et designeuses.
J’ai co-fondé MATTERGY, un nano-collectif organisant une fois par an une exposition de céramique (4ème édition : mai 2025 à la Maison des Arts de Schaerbeek) dont je suis la curatrice ainsi que la collective Rhizome Plantswap.
Depuis une année, un nouveau collectif est en train de voir le jour. Avec un groupe croissant d’une quinzaine de personnes à Bruxelles et en Belgique, nous travaillons à un projet de recherche et résistance funéraire au service d’un changement des codes, des pensées et des imaginaires dans le domaine. Artistes (plasticiens, photographes, vidéastes, comédien.nes, metteur·euses en scène), professionnels du funéraire, thana-doulas, spécialistes du droit etc. sommes réunis autour d’une envie commune de voir évoluer le monde du funéraire étatique.
Je développe, en parallèle de mon travail de sculpture et de recherche à l’atelier, un projet de créations d’urnes cinéraires et artefacts funéraires sur-mesure nommé ASHES TO ASHES.
EXPOSITIONS
SOLO SHOW
Le Coin Final, Galerie Urochrome, Bruxelles, 2024
Ashes to Ashes, Musée d'Art Spontané, Bruxelles, 2023
COLLECTIVE SHOW
Chimères et Mutantes, MAGMATIC invitée par Plateforme Galerie, Wavre, février-mars 2025
Soleil Pourpre, La BF15, Lyon (FR), février 2025
Amarrées, Au Charbon - Design September, 2024
Ce qui nous lie, Musée Horta, Bruxelles, 2024
Mattergy - ceramics in the Brewery, Le Brass, Bruxelles, 2024
Chère Simone Horta, Musée Horta, Bruxelles, 2024
Mattergy - ceramics in the Chapel, Chapelle de Boondael, Bruxelles, 2023
Les péripéties d’un centre d’art contemporain de province, La Châtaigneraie, Flémalle, 2023
Collection-Collective, Face B, Bruxelles, 2022
Mattergy - ceramics in the Abbey, Abbaye de Forest, Bruxelles, 2022
La Nuit des Idées, Museum of Natural History, Héraklion, 2020
live.make.share, Qua gallery, Hanoï, Vietnam, 2019
Art in the old city, Agia Triada, Héraklion, 2019
From Dream To Decay, Monitor, Héraklion, 2017
Jeune Sculpture – FWB, La Châtaigneraie, Flémalle, 2017
MATCH, Bozar, Bruxelles, 2016
Close Up, Mangoo Pickles, Bruxelles, 2016
Form & Place, Art By Friends, Annecy, 2015
Affordable Art Fair - Young Talent, Bruxelles, 2015
Who Is Belgium, BOX 32, Berlin, 2014
MAOW, John Rose, Bruxelles, 2014
Fantastique Belgique, Point Éphémère, Paris, 2013
5/548 #2, Bruxelles, 2013
Une Fois, Galerie Anspach, Bruxelles, 2013
5/548, Bruxelles, 2012
La Licorne, Bruxelles, 2012
HDM, Temporary Art Gallery, Bruxelles, 2010
Hors Courant, Galerie L. Mirettes, Toulouse, 2010
Ligne de Glauque, Traffic Art Gallery, Bruxelles, 2009
Mino-inette avec Alain Biet, La Caserne, Joué lès Tours, 2009
Quand je s’rai grand, ESBAM, Le Mans, 2008
Watch your step, WHARF, Hérouville St Clair, 2007
Society of Ladies with Unique Talent, Nottingham UK, 2007
Sportverein, Espace Provisoire, Le Mans, 2006
ECRIT
Micromondes et salopettes
On a parfois tendance à croire que les choses sont lisses et présentent une unique strate de lecture. C’est de cette manière que l’on perçoit généralement ce qui nous entoure : un visage anonyme à la lisière de notre champ de vision, ou encore une photographie, que l’on a prise sans même avoir bien observé d’abord ce que l’on souhaitait faire apparaître au cadre.
Louise Devin entreprend au contraire de mettre en évidence le menu détail, comme pour nous encourager à regarder réellement ce que l’on voit. Elle attire l’attention du spectateur tour à tour par une imagerie guimauve ou une miniaturisation enfantine.
En réalité, le papier peint rose bonbon que l’on apercevait de loin devient une fresque en patchwork de notre quotidien pas toujours reluisant. Les micromondes, quant à eux, élégamment présentés dans des bulles, mettent en scène de petits personnages qui semblent tout droit tirés d’un coffre à jouets. Ils sont en fait les incarnations des plus bas instincts, de nos déviances, ou plus simplement des profondes mélancolies que chacun cherche à cacher maladroitement sous son lit. Le décalage permanent entre l’aspect extérieur et le propos invite le spectateur à être plus attentif d’une pièce à l’autre, conditionne même son regard à davantage de vigilance.
Grâce à une iconographie séduisante et à une technique minutieuse, Louise Devin nous conduit à évaluer les situations qu’elle crée en opérant un zoom du général au particulier. Ces minuscules saynètes, ludiques au premier abord, font ensuite songer à des sujets d’expériences sur les bas instincts de la nature humaine. Agissant à la manière d’un microscope, elle fait apparaître la petite particularité, l’horreur cachée, l’imperceptible mais dangereux microbe qui a été isolé sous verre.
Le contraste entre l’utilisation d’objets populaires et/ou enfantins et les récits sur une société quelquefois malade n’est bien entendu pas dénué d’humour. Il est certes un peu sarcastique et un peu noir, mais d’une noirceur légère, à la fois désabusée et faisant preuve d’une remarquable acuité.
Elle appuie là où ça fait mal, mais sans cruauté. Avec Cut here par exemple, elle présente une évocation du suicide à double-tranchant : une pensée passagère incarnée par un tatouage non permanent, ou bien une injonction au caractère beaucoup plus définitif.
Louise Devin joue tout contre les limites du glauque, mais n’y tombe pas, justement grâce à cette infime distance instaurée par cet humour en demi-teinte. Il s’agit d’être lucide et conscient, sans sombrer dans le pessimisme. Alors, peut- être serons-nous heureux demain.
Marine Rochard
CONTACT
devin.louise@gmail.com
Instagram : loudesvilles