Texte

Micromondes et salopettes

 

On a parfois tendance à croire que les choses sont lisses et présentent une unique strate de lecture. C’est de cette manière que l’on perçoit généralement ce qui nous entoure : un visage anonyme à la lisière de notre champ de vision, ou encore une photographie, que l’on a prise sans même avoir bien observé d’abord ce que l’on souhaitait faire apparaître au cadre.

 

Louise Devin entreprend au contraire de mettre en évidence le menu détail, comme pour nous encourager à regarder réellement ce que l’on voit. Elle attire l’attention du spectateur tour à tour par une imagerie guimauve ou une miniaturisation enfantine.

En réalité, le papier peint rose bonbon que l’on apercevait de loin devient une fresque en patchwork de notre quotidien pas toujours reluisant. Les micromondes, quant à eux, élégamment présentés dans des bulles, mettent en scène de petits personnages qui semblent tout droit tirés d’un coffre à jouets. Ils sont en fait les incarnations des plus bas instincts, de nos déviances, ou plus simplement des profondes mélancolies que chacun cherche à cacher maladroitement sous son lit. Le décalage permanent entre l’aspect extérieur et le propos invite le spectateur à être plus attentif d’une pièce à l’autre, conditionne même son regard à davantage de vigilance.

 

Grâce à une iconographie séduisante et à une technique minutieuse, Louise Devin nous conduit à évaluer les situations qu’elle crée en opérant un zoom du général au particulier. Ces minuscules saynètes, ludiques au premier abord, font ensuite songer à des sujets d’expériences sur les bas instincts de la nature humaine. Agissant à la manière d’un microscope, elle fait apparaître la petite particularité, l’horreur cachée, l’imperceptible mais dangereux microbe qui a été isolé sous verre.

Le contraste entre l’utilisation d’objets populaires et/ou enfantins et les récits sur une société quelquefois malade n’est bien entendu pas dénué d’humour. Il est certes un peu sarcastique et un peu noir, mais d’une noirceur légère, à la fois désabusée et faisant preuve d’une remarquable acuité.

Elle appuie là où ça fait mal, mais sans cruauté. Avec Cut here par exemple, elle présente une évocation du suicide à double-tranchant : une pensée passagère incarnée par un tatouage non permanent, ou bien une injonction au caractère beaucoup plus définitif.

 

Louise Devin joue tout contre les limites du glauque, mais n’y tombe pas, justement grâce à cette infime distance instaurée par cet humour en demi-teinte. Il s’agit d’être lucide et conscient, sans sombrer dans le pessimisme. Alors, peut-être serons-nous heureux demain.

 

Marine Rochard